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Interview de Jean-Marc Goossens : La valeur intrinsèque du Bitcoin

Interview de Jean-Marc Goossens : La valeur intrinsèque du Bitcoin

Jean-Marc, pouvez-vous nous raconter comment vous avez découvert le Bitcoin et ce qui a motivé votre intérêt professionnel pour cette cryptomonnaie en tant qu’avocat spécialisé ?

En 2014, mon activité d'avocat m'a amené à croiser la route du Bitcoin dans des circonstances singulières. Un informaticien m'avait sollicité pour des conseils juridiques. Lorsqu'il fut temps de régler mes honoraires, il m'informa qu'il avait des problèmes de liquidités (il était visiblement plus à l'aise avec les algorithmes qu'avec ses finances) et il me remit une espèce de robuste clé USB dénommée “Trezor” contenant, selon lui, une monnaie numérique appelée Bitcoin. Bien que mécontent, je décidai d’accepter cette forme de paiement, me rappelant les conseils de mon professeur de pratique des honoraires du barreau de Bruxelles : Ne jamais remettre à plus tard un paiement sous peine de ne jamais être payé. J'acceptai donc ce “Trezor” et, dès ce soir-là, je commençai à me renseigner sur la valeur de son contenu avec une curiosité mêlée d'incrédulité.
J'ai été immédiatement motivé lorsque j'appris que le Bitcoin avait été créé en réaction à la crise financière de 2008. À l'époque j'étais parti aux États-Unis en tant qu'avocat spécialisé en investissement immobiliers internationaux avec des investisseurs européens.
J'avais été choqué par les conséquences dévastatrices de la crise des subprimes. Environ 10 millions de personnes aux USA ont perdu leur logement à cause des graves fautes de la finance traditionnelle.
Grâce à son principe de décentralisation, le Bitcoin vise à se passer des intermédiaires financiers comme les banques et permet d'éviter les conséquences de leurs erreurs.

Certains considèrent le Bitcoin comme une illusion spéculative, d’autres comme une révolution monétaire. Comment décririez-vous sa véritable valeur dans le contexte économique mondial actuel ?

La valeur du Bitcoin réside dans son offre fixe, dans son réseau décentralisé, dans sa sécurité, dans sa transparence et dans sa résistance à la censure.
A. La valeur du Bitcoin réside dans son offre fixe (21 millions d'unités) :
 Le Bitcoin a une offre maximale de 21 millions d'unités. Cette rareté programmée crée une valeur intrinsèque, similaire à l'or, car l'offre limitée peut faire augmenter la demande et donc la valeur. Il est intéressant de souligner que la rareté du Bitcoin est absolue, parfaite : Il ne peut y avoir plus de 21 millions de bitcoins en circulation. La rareté de l'or par contre n'est que relative, imparfaite. On peut toujours en trouver plus. 
B. Dans son réseau décentralisé :
Le réseau Bitcoin est décentralisé, ce qui signifie qu'il n'est contrôlé par aucune autorité centrale, comme une banque ou un gouvernement. Il n'y a pas de société Bitcoin, pas de CEO Bitcoin. Les transactions sont validées par un réseau mondial de nœuds (ordinateurs) qui travaillent ensemble pour maintenir la sécurité et l'intégrité du réseau.
C. Dans sa sécurité assurée par le minage "preuve de travail" :
La sécurité du Bitcoin repose sur un mécanisme appelé "preuve de travail" (Proof of Work, PoW). Les mineurs utilisent une puissance de calcul considérable pour résoudre des problèmes mathématiques très complexes, ce qui sécurise le réseau en rendant les attaques extrêmement coûteuses en énergie et ressources et de ce fait impossible à réussir en pratique.
D. Dans la transparence de sa blockchain :
 La blockchain du Bitcoin est un registre public où toutes les transactions sont enregistrées de manière transparente et immuable. C'est comme un grand livre dans lequel tout le monde peut écrire et que tout le monde peut consulter mais que personne ne peut effacer. Cela signifie que n'importe qui peut vérifier les transactions passées, ce qui renforce la confiance et la transparence du système.
E. Dans sa résistance à la censure :
 Grâce à sa nature décentralisée et à l'absence d'une autorité centrale, le Bitcoin est résistant à la censure. Cela signifie que personne ne peut bloquer ou annuler des transactions, offrant ainsi une liberté financière et une protection contre les ingérences extérieures.

Étant donné les fluctuations de prix spectaculaires du Bitcoin, comment recommandez-vous aux investisseurs de naviguer dans cet environnement volatil tout en protégeant leurs actifs ?

Il faut d'abord savoir qu'en économie la volatilité n'est ni un point positif ni un point négatif, c'est juste une caractéristique de marché. C'est grâce à la volatilité que des plus-values (et des moins values) sont possibles.
Il est hautement probable que la volatilité du Bitcoin va diminuer pour plusieurs raisons :
- Augmentation de la liquidité :
Plus le Bitcoin est adopté, plus son marché devient liquide. Une plus grande liquidité signifie qu'il faut des transactions plus importantes pour faire fluctuer le prix, ce qui réduit la volatilité.
- Maturation du marché :
Avec une adoption plus large, le Bitcoin est considéré comme un actif plus mature. Les investisseurs institutionnels, qui ont tendance à avoir une vision à long terme, vont jouent un rôle plus important, stabilisant ainsi le marché.
- Réglementation :
Une réglementation plus claire et plus cohérente va réduire l'incertitude et la spéculation, qui sont des facteurs importants de volatilité.
- Utilisation accrue comme réserve de valeur :
Le Bitcoin est de plus en plus utilisé comme une réserve de valeur, comme l'or, ce qui a pour conséquence de diminuer sa volatilité.

Je ne conseille à personne d'investir dans le Bitcoin, je donne uniquement des conseils juridiques dans cet écosystème. Par contre la sagesse populaire dit qu'il ne faut investir que ce dont on n'a pas besoin pour bien vivre.

En tant qu’expert en droit de la blockchain et des crypto-monnaies, quels défis légaux voyez-vous émerger avec l’adoption croissante du Bitcoin dans les transactions financières traditionnelles ?

Je me permets de rappeler que ceux qu'on appelle les "original gangsters" (OGs) du BTC, les pionniers, voient souvent d'un mauvais œil l'adoption du Bitcoin par la finance traditionnelle car ils valorisent avant tout sa décentralisation et son indépendance par rapport aux institutions financières traditionnelles. L'adoption par ces institutions compromet ces principes fondamentaux.

Cependant l'adoption du BTC par la finance traditionnelle est un fait certain et il est important de constater que les scandales ou arnaques liés aux cryptomonnaies sont principalement dus aux plateformes d'échange plutôt qu'aux cryptomonnaies elles-mêmes. C'est donc de nouveau un problème de centralisation alors que un des buts du Bitcoin est la décentralisation de la finance. Les régulateurs doivent donc s'assurer que ces plateformes mettent en place des mesures de sécurité robustes pour protéger leurs utilisateurs.

Pensez-vous que le Bitcoin a le potentiel de remplacer les monnaies fiduciaires dans certaines parties du monde, et si oui, quelles en seraient les implications économiques et sociales ?

Savez-vous qu'il existe plus de 5 000 monnaies alternatives en usage dans certaines parties du monde? Et je ne parle pas des cryptomonnaies. Je n'en citerai qu'une que je connais bien pour avoir travaillé pour des ONG en Papouasie-Nouvelle-Guinée. La monnaie officielle du pays est le "Kina" ce qui signifie "coquillage".
Figurez-vous que les habitants du centre du pays qui n'ont que très difficilement accès aux plages préfèrent encore actuellement les véritables coquillages aux pièces officielles.
Environ 1,7 milliard d’adultes dans le monde n’ont pas accès aux services financiers de base. Cela représente une proportion très importante de la population mondiale qui est exclue des systèmes bancaires traditionnels.
Le Bitcoin rend possible une inclusion financière qui est essentielle pour réduire la pauvreté, favoriser le développement économique et améliorer la qualité de vie.

À votre avis, comment les gouvernements devraient-ils réguler le Bitcoin tout en soutenant l’innovation technologique et économique qu’il apporte ?

La base, le point de départ c'est l'éducation et la sensibilisation : Informer le public et les entreprises sur les avantages et les risques associés au Bitcoin et aux autres cryptomonnaies, afin de promouvoir une adoption responsable et éclairée.

Pour conclure, quels conseils donneriez-vous aux sceptiques du Bitcoin quant aux avantages possibles de cette technologie pour l’économie mondiale ?

Les critiques émises par la finance traditionnelle à l’encontre du Bitcoin sont souvent teintées de subjectivité et motivées par des intérêts particuliers. Cette méfiance s’explique en partie par la menace que représente cette nouvelle technologie pour les modèles économiques établis. De plus, la complexité inhérente aux cryptomonnaies et le manque de régulation claire créent un terrain fertile pour la désinformation. Il est donc crucial d’adopter une posture critique face à ces critiques et de se fonder sur des analyses rigoureuses pour évaluer les véritables enjeux liés aux cryptomonnaies.
L’histoire démontre que ceux qui tentent de freiner l’innovation ne font que retarder l’inévitable. Le Bitcoin et certaines autres cryptomonnaies sont des exemples parfaits de cette dynamique. Résister à leur adoption, c’est ignorer les besoins et les désirs d’une société en quête de solutions financières modernes, efficaces et accessibles au plus grand nombre.

Pour plus d'informations : https://www.attorney-goossens.com

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